Il est 6 h 40. Je suis assis dans ma voiture de location au sommet du Pico do Arieiro, vitres fermées, chauffage à fond, et dehors il fait 9 °C avec un vent qui pousse les nuages par-dessus la crête comme un troupeau en colère. En bas, à Funchal, il doit faire 22 °C et le soleil brille. Personne ne m'avait prévenu qu'à Madère, on peut vivre deux saisons dans la même heure de route.
C'est la première chose à comprendre quand on planifie cinq jours sur l'île : Madère ne se visite pas comme une destination, elle se négocie avec la météo. La deuxième, c'est que cinq jours, c'est à la fois énorme et ridiculement court. Enorme si vous acceptez de choisir. Ridiculement court si vous essayez de tout voir.
Points clés à retenir
- Madère, c'est 57 km d'est en ouest. Tout paraît proche sur la carte, rien ne l'est sur la route.
- Comptez 2 h 30 à 3 h pour traverser l'île d'un bout à l'autre, sans compter les arrêts photos.
- Les nuits d'hôtel deviennent le vrai levier de votre itinéraire — pas le nombre de sites cochés.
- Un jour sur deux, la météo vous imposera de changer de programme. Prévoyez-le, ne le subissez pas.
- Le lever du soleil au Pico do Arieiro se mérite : départ entre 5 h et 5 h 30 de Funchal.
- Budget réaliste pour deux personnes : autour de 150 à 200 € par jour avec voiture et repas en restaurant.
Que faire à Madère en cinq jours : le piège du « tout voir »
La question qu'on me pose le plus souvent, c'est : « tu crois que c'est assez, cinq jours ? »
Franchement ? C'est assez pour repartir avec l'impression d'avoir raté quelque chose. Et c'est normal. Ma première visite de l'île, j'avais bouclé un itinéraire digne d'un catalogue de tour-opérateur : Funchal, Monte, Cabo Girão, Porto Moniz, Santana, Pico do Arieiro, une levada, deux villages de pêcheurs. Je suis rentré épuisé, avec 400 photos et le souvenir très flou de la moitié des lieux. Je ne savais même plus dans quel village j'avais mangé le meilleur poisson.
Là où tout le monde se trompe, c'est sur la géographie. Madère fait 57 km de long sur 22 km de large. Sur Google Maps, Funchal-Porto Moniz ressemble à un trajet tranquille. En réalité, l'axe principal enchaîne les tunnels, les virages et les pentes à deux chiffres.
Les temps de trajet réels, que personne ne vous donne
Voilà les chiffres que j'ai fini par noter dans un carnet, parce que j'en avais marre de me faire avoir :
- Funchal → Pico do Arieiro : 40 minutes sans trafic, mais la route monte à 1 818 m et le brouillard peut diviser votre vitesse par deux
- Funchal → Porto Moniz : 1 h 30 par la côte nord, contre 50 minutes par l'intérieur
- Funchal → Santana : environ 50 minutes
- Funchal → Seixal, la route la plus photogénique de l'île au nord-ouest.
C'est là qu'on comprend pourquoi cinq jours tiennent ou ne tiennent pas. Trois sites par jour, c'est un maximum honnête. Quatre, vous passez votre séjour en voiture.
Les cinq jours, version réaliste
Je vais vous donner un découpage. Il n'est pas original, mais il fonctionne, et surtout il tient compte du fait que vous allez perdre du temps. Tout le monde en perd.
Jour 1 : Funchal, à pied, sans voiture
Ne louez pas la voiture le premier jour. Vous allez la payer pour la laisser stationnée dans un parking à 25 € la journée en centre-ville.
Le marché des travailleurs (Mercado dos Lavradores) se visite tôt le matin, quand les étals de poisson sont encore vivants et que les vendeuses de fruits vous font goûter trois variétés de passion fruit que vous ne retrouverez nulle part ailleurs. Ensuite, téléphérique jusqu'à Monte, jardin tropical, redescente en carreiros — ces luges en osier poussées par deux hommes en blanc. C'est touristique à mourir. C'est aussi amusant, et je le referais.
Comptez 35 € pour le téléphérique aller-retour et une quinzaine d'euros pour la luge, par personne. Le soir, dîner dans la vieille ville, du côté de la Rua de Santa Maria.
Jour 2 : Pico do Arieiro au lever du soleil, puis la côte est
Réveil à 4 h 45. Je sais. Mais c'est le seul créneau où la crête est dégagée une fois sur deux, et où vous ne partagez pas le point de vue avec quatre bus.
Vérifiez la webcam du sommet la veille au soir — celle qui est installée en direct sur le site officiel du parc naturel. Si l'image est grise, changez de plan et gardez cette journée pour la côte est. C'est le conseil qui m'a le plus servi sur cette île.
Après le lever de soleil, redescendez vers Santana pour les maisons triangulaires à toit de chaume, puis poussez jusqu'à Ponta de São Lourenço, la péninsule aride à l'extrême est. La randonnée fait environ 7 km aller-retour et se fait en 2 h 30 à 3 h. Pas d'ombre, pas d'eau à mi-parcours. Prenez deux litres par personne.
Jour 3 : la côte nord-ouest et Porto Moniz
C'est la journée « cartes postales ». Seixal et sa plage de sable noir, les piscines naturelles de Porto Moniz creusées dans la lave, la forêt de Fanal et ses arbres centenaires souvent noyés dans la brume.
Un détail pratique que je n'avais pas anticipé : le stationnement à Porto Moniz en haute saison est un cauchemar. Arrivez avant 10 h 30 ou après 16 h. Entre les deux, vous tournez.
Fanal, elle, se visite dans le brouillard. C'est même mieux ainsi. J'y suis passé par temps clair la première fois et j'ai trouvé ça joli sans plus. La deuxième fois, sous une brume épaisse qui masquait les troncs à trente mètres, c'était autre chose.
Jour 4 : une levada, et rien d'autre
Les levadas sont ces canaux d'irrigation qui parcourent l'île depuis le XVIe siècle. On marche le long, souvent dans une végétation dense, parfois dans un tunnel.
Ma préférée reste la Levada do Caldeirão Verde, au départ de Queimadas. Environ 13 km aller-retour, quatre heures, et un tunnel final de 800 mètres qu'il faut traverser avec une lampe frontale. Je n'avais pas de frontale la première fois. J'ai traversé à tâtons en suivant les murs. Ridicule, et un excellent souvenir.
Jour 5 : Cabo Girão, Câmara de Lobos, et une cave à vin
Dernière journée, on ralentit. Cabo Girão et sa plateforme de verre suspendue à 580 mètres au-dessus de l'océan, puis Câmara de Lobos, le village de pêcheurs où Churchill venait peindre.
L'après-midi, visitez une cave à vin de Madère à Funchal. Le vin de Madère est un vin muté, chauffé, vieilli parfois plusieurs décennies. On aime ou on déteste. J'ai acheté une bouteille de 10 ans d'âge et je l'ai bue trop vite.
Quand la météo décide à votre place
Madère possède plusieurs micro-climats. Il peut pleuvoir à Seixal, faire un soleil dur à Funchal et du brouillard à Fanal dans la même heure.
Ce que je fais quand le ciel se ferme :
- Je bascule sur le sud, toujours plus sec que le nord
- Je garde une visite de musée ou de cave à vin en réserve
- Je ne m'acharne jamais sur un point de vue bouché — il ne se dégagera pas par ma volonté
Cette flexibilité, c'est ce qui distingue un séjour agréable d'un séjour où l'on court après des photos qui n'existeront pas.
Avec ou sans voiture : le vrai arbitrage
Vous trouverez partout la même réponse : « louez une voiture ». Je nuancerais.
| Critère | Avec voiture | Sans voiture |
|---|---|---|
| Liberté d'itinéraire | Totale, y compris lever de soleil improvisé | Limitée aux bus et aux excursions organisées |
| Budget 5 jours (2 pers.) | 200 à 300 € de location + carburant | 250 à 400 € d'excursions à la journée |
| Stress principal | Stationnement, routes étroites en montagne | Horaires fixes, correspondances rares |
| Accès aux levadas | Direct, départs souvent isolés | Compliqué, peu desservis |
| Conduite de nuit | À éviter absolument | Non concerné |
Mon avis, et je l'assume : si vous restez basé à Funchal et que vous ne faites qu'un ou deux grands axes, les excursions organisées suffisent. Si vous voulez les levadas, les levers de soleil et les villages du nord, prenez la voiture.
Ce que ça coûte vraiment, et quand partir
Un budget réaliste sur cinq jours
Pour deux personnes, en dehors des vols :
- Hébergement : 70 à 120 € la nuit pour un bon hôtel à Funchal hors juillet-août
- Voiture : 40 à 60 € par jour selon la saison et le modèle
- Repas : 15 à 25 € par personne au restaurant, moins si vous picorez au marché
- Entrées : téléphérique, jardins, caves — comptez 60 à 80 € au total pour deux
Sur place, on tourne donc autour de 150 à 200 € par jour pour deux sans se priver. J'ai fait un séjour à 110 € par jour en cuisinant et en dormant en guesthouse. C'est faisable, c'est juste moins confortable après une randonnée de quatre heures.
Les périodes à éviter
Juillet et août, sauf si vous aimez partager les points de vue. La fête des fleurs, au printemps, est superbe mais remplit tout. Et le carnaval de Funchal, en février, transforme le centre-ville en zone piétonne bondée pendant plusieurs jours.
Mon créneau préféré reste mai et septembre : températures douces, sentiers praticables, hébergement moins cher de 30 à 40 % qu'en plein été.
Ce que je referais différemment
Si je devais repartir pour cinq jours demain, je sacrifierais Porto Moniz. Vraiment. Les piscines naturelles sont belles, mais elles concentrent la foule et consomment une journée entière de trajet. À la place, je ferais deux levadas au lieu d'une, et je passerais une matinée entière dans un village sans rien faire d'autre que boire un café en regardant la mer.
Madère ne récompense pas ceux qui cochent des cases. Elle récompense ceux qui acceptent de rester une heure de plus au même endroit, à attendre que les nuages s'ouvrent. C'est frustrant. C'est aussi ce qui fait qu'on y retourne.
Et si vous vous demandez combien de temps il faut réellement pour avoir le sentiment d'avoir vu l'île — je n'ai toujours pas la réponse, et j'y suis allé quatre fois.