Il y a une question qui revient à chaque fois qu'on parle de Madère : « cinq jours, c'est assez ? » La réponse honnête, c'est que ça dépend de ce que vous voulez faire. Si vous voulez cocher les grandes cartes postales — les falaises de Cabo Girão, les piscines de Porto Moniz, le Pico do Arieiro au lever du soleil — cinq jours suffisent largement. Si vous voulez randonner sérieusement, ajoutez deux ou trois jours. J'ai fait les deux versions, et je vais vous raconter ce qui marche vraiment.
Madère, c'est 57 kilomètres de long sur 22 de large. Sur une carte, ça a l'air minuscule. Dans la réalité, les routes serpentent tellement que faire Funchal–Porto Moniz vous prend une heure et demie, parfois deux selon le trafic et les nuages. Cette donnée-là change tout dans la construction d'un itinéraire de cinq jours.
Points clés à retenir
- Cinq jours permettent de couvrir Funchal, la côte ouest, le nord et au moins un grand lever de soleil en montagne.
- La voiture est quasi indispensable : les bus existent mais vous feraient perdre la moitié de chaque journée.
- Le nord et le centre sont souvent dans la brume ; le sud reste sec. Adaptez votre programme à la météo du matin.
- Comptez environ 1 h 30 pour traverser l'île d'est en ouest, davantage si vous vous arrêtez (et vous vous arrêterez).
- Un budget réaliste tourne autour de 90 à 150 € par personne et par jour, location de voiture et repas inclus.
- Le fameux sentier Pico do Arieiro–Pico Ruivo se mérite : départ avant 8 h pour éviter la foule et les nuages.
Pourquoi cinq jours est le bon format pour Madère
Beaucoup de gens réservent une semaine et finissent par tourner en rond les deux derniers jours. D'autres prennent trois jours et repartent frustrés. Cinq jours, franchement, c'est le point d'équilibre pour une première visite.
Voici comment je le vois. Madère se découpe en quatre zones distinctes : le sud ensoleillé autour de Funchal, l'ouest sauvage, le nord verdoyant et humide, et la montagne centrale. Trois jours vous laissent le temps d'en voir deux. Cinq jours, vous faites le tour complet sans courir. Sept jours et plus, vous commencez à explorer les levadas secondaires, les villages reculés, ce que j'appelle la « vraie » Madère.
Ce que vous verrez réellement en cinq jours
Concrètement, sur cinq jours bien organisés, vous couvrez :
- Funchal et ses jardins (une bonne journée, pas plus)
- Le lever de soleil au Pico do Arieiro et la randonnée vers le Pico Ruivo
- La côte ouest : Cabo Girão, Ribeira Brava, Porto Moniz
- Le nord : Seixal, Santana et ses maisons traditionnelles
- Une levada facile, comme celle de Rabacal ou des 25 Fontes
Ce qui ne rentre pas (et pourquoi ce n'est pas grave)
Vous n'aurez pas le temps de faire la traversée est-ouest complète à pied, ni d'explorer la pointe de São Lourenço en profondeur. Ce sont des raisons de revenir. Madère, on n'y va pas une fois : on y retourne. J'y suis allé trois fois, et je découvre encore des coins à chaque séjour.
Itinéraire jour par jour : que faire à Madère en 5 jours
Cet itinéraire part de Funchal, où vous logerez probablement les premières nuits. Je conseille de garder la même base les deux premiers jours, puis éventuellement de dormir une nuit dans le nord pour éviter les allers-retours.
Jour 1 : Funchal, mise en jambes
Le premier jour, vous êtes fatigué par le vol. Ne prévoyez rien d'ambitieux. Funchal se visite très bien à pied : le marché des producteurs le matin, la vieille ville et ses portes peintes, puis le téléphérique jusqu'à Monte.
Le jardin tropical de Monte Palace mérite ses deux heures. Comptez une quinzaine d'euros l'entrée (le prix monte régulièrement, vérifiez sur place). Pour redescendre, deux options : le téléphérique, ou les fameux « carros de cesto », ces paniers en osier poussés par deux hommes en blanc. C'est touristique, un peu cher, mais amusant une fois.
Le soir, dînez dans la zone de la vieille ville. Les restaurants à espadon grillé et à brochette de bœuf (l'espetada, servie sur une tige de laurier) sont partout. Comptez 20 à 30 € par personne avec un verre de vin de Madère.
Jour 2 : lever de soleil au Pico do Arieiro et randonnée
Réveil à 5 h. Je sais, ça pique. Mais le lever de soleil depuis le Pico do Arieiro, à 1 818 mètres, vaut largement le sacrifice. Vous roulez 40 minutes depuis Funchal, et vous arrivez dans le noir.
Prévoyez une veste chaude. Même en été, il fait 8 à 10 °C au sommet à l'aube, et le vent transforme ça en expérience polaire. J'ai vu des gens en tongs. Ils ont regretté.
Ensuite, si vous êtes en forme, enchaînez sur la randonnée vers le Pico Ruivo. C'est le sentier le plus célèbre de l'île : environ 7 kilomètres aller, 3 à 4 heures avec les arrêts, des tunnels, des escaliers taillés dans la roche et des vues vertigineuses. Ce n'est pas technique, mais il y a du dénivelé et le vertige guette par endroits.
Après ça, vous serez épuisé. Redescendez vers Santana par la route et dormez dans le nord si vous avez réservé. Sinon, retour à Funchal, mais comptez deux heures de route avec les virages.
Jour 3 : Porto Moniz et la côte ouest
La côte ouest, c'est la carte postale de Madère. Vous partez de Funchal tôt, vous vous arrêtez à Cabo Girão (l'une des plus hautes falaises d'Europe, avec une plateforme vitrée qui fait son effet), puis Ribeira Brava, puis vous montez vers Porto Moniz.
Là, les piscines naturelles creusées dans la lave noire sont le point d'orgue. L'eau y est fraîche — 18 à 20 °C — mais après trois heures de route, ça fait du bien. Comptez une petite dizaine d'euros l'accès, plus le parking.
Sur la route du retour, le belvédère de Véu da Noiva et la cascade de Seixal méritent un arrêt. Ce sont des pauses de dix minutes qui marquent plus que bien des sites payants.
Jour 4 : Santana, les maisons traditionnelles et une levada
Santana, sur la côte nord, c'est le cliché de Madère : ces petites maisons triangulaires au toit de chaume, colorées, que l'on voit sur toutes les brochures. Elles sont authentiques, même si elles accueillent aujourd'hui surtout des boutiques. Le spectacle reste agréable.
L'après-midi, faites une levada. Ce sont ces canaux d'irrigation que les Madériens ont creusés sur des siècles, et dont les sentiers de maintenance sont devenus des chemins de randonnée. La plus accessible : la levada de Rabacal, ou celle des 25 Fontes. Comptez 2 à 3 heures, peu de dénivelé, beaucoup d'ombre et de fougères géantes.
Ne sous-estimez pas l'humidité du nord. J'avais oublié mon coupe-vent la première fois, j'ai terminé trempé. Les averses y sont fréquentes toute l'année.
Jour 5 : dernière journée, au rythme du sud
Le dernier jour, restez au sud. Funchal, ou les villages de pêcheurs comme Câmara de Lobos. C'est là que j'ai mangé les meilleures espadons grillés de mon voyage, dans un petit restaurant sans prétention, pour 12 € le plat.
Si votre vol est en soirée, faites un dernier tour au marché, achetez du vin de Madère et des gâteaux au miel, et profitez du soleil qui, lui, ne vous lâche pas.
Comparatif : voiture ou bus, quelle option pour cinq jours ?
La question du transport revient tout le temps. Voici un tableau honnête, basé sur mon expérience et celle de voyageurs que je croise régulièrement.
| Critère | Voiture de location | Bus (Horários do Funchal) |
|---|---|---|
| Coût sur 5 jours | 120 à 250 € selon la saison et le modèle | Environ 10 à 15 € la journée, soit 50 à 75 € |
| Liberté | Totale, vous décidez du rythme | Limitée aux horaires, souvent un ou deux par jour vers l'ouest |
| Temps de trajet | Funchal–Porto Moniz en 1 h 30 | 2 h 30 à 3 h avec les arrêts |
| Accès aux sites | Parking sur presque tous les belvédères | Certains sites comme Cabo Girão mal desservis |
| Conduite | Routes étroites, virages, tunnels : il faut être à l'aise | Aucun stress, vous regardez le paysage |
| Meilleur pour | Explorer le maximum en peu de temps | Base à Funchal, deux ou trois excursions ciblées |
Mon avis tranché : si vous tenez à faire le tour complet de l'île en cinq jours, louez une voiture. Le bus est une option pour un séjour plus lent et centré sur Funchal. Entre les deux, il n'y a pas match pour ce format précis.
Questions fréquentes sur un séjour de cinq jours à Madère
Quelle est la meilleure période pour visiter Madère ?
Madère se visite toute l'année, et c'est un de ses grands atouts. Le sud, autour de Funchal, reste tempéré : 18 à 25 °C selon la saison. L'été (juin à septembre) est le plus sec et le plus fiable, mais aussi le plus fréquenté. Le printemps et l'automne offrent un excellent compromis. L'hiver, il pleut plus souvent, mais le sud reste doux et les prix chutent.
Attention aux microclimats : le nord et la montagne sont nettement plus humides. Vous pouvez avoir grand soleil à Funchal et brouillard total au Pico do Arieiro le même jour. Vérifiez la webcam de la montagne avant de partir.
Où se loger pour cinq jours ?
Le plus simple : deux nuits à Funchal, puis une ou deux nuits dans le nord (Santana, São Vicente ou Seixal), et la dernière à Funchal. Ça évite les allers-retours épuisants. Funchal concentre l'essentiel des hôtels et restaurants, mais le nord a un charme plus authentique et des tarifs plus doux.
Peut-on visiter Madère en 5 jours sans voiture ?
Oui, mais avec des limites. Vous resterez surtout sur la côte sud et le centre accessible. Certaines compagnies privées proposent des excursions d'une journée vers l'ouest, Porto Moniz ou le Pico do Arieiro. C'est plus cher à l'unité (40 à 70 € l'excursion), mais ça règle la question du stationnement et des routes. Pour un séjour sans voiture, je conseille de cibler trois grandes journées d'excursion et de garder le reste à pied à Funchal.
Les erreurs que je ne referais pas
Ma première fois à Madère, j'ai voulu tout voir. J'ai réservé un programme de ministre, sans laisser de place à l'imprévu. Résultat : trois jours de course, et le souvenir d'avoir vu des paysages magnifiques à travers un pare-brise, sans jamais m'arrêter vraiment.
La deuxième fois, j'ai fait l'inverse : deux sites par jour maximum, et du temps pour m'asseoir à un belvédère. C'était infiniment mieux.
Une autre erreur fréquente : sous-estimer le froid en altitude. Même en plein été, une veste coupe-vent et une polaire sont indispensables pour le Pico do Arieiro et les randonnées en montagne.
Et ne réservez pas votre voiture à la dernière minute en haute saison. Les prix grimpent, et il ne reste parfois que des modèles mal adaptés aux petites routes.
Une chose que je n'avais pas anticipée non plus : la gastronomie madérienne est meilleure qu'on ne le dit. Le pain « bolo do caco » à l'ail, les brochettes d'espadon, les fruits exotiques du marché — c'est un vrai plaisir, pas un simple à-côté touristique. Prenez le temps de bien manger, même si ça grignote une heure de votre programme.
Ce que cinq jours donnent, au fond, c'est une première impression solide. Assez pour comprendre pourquoi tant de gens repartent de Madère en disant « il faut qu'on revienne ». Assez pour en vouloir plus. Et vous, au bout du cinquième soir, vous regarderez la carte de l'île en vous demandant déjà quel coin vous n'aurez pas eu le temps d'explorer.